15-11-15

Lucien Rebatet, Antoni Słonimski, Elizabeth Arthur, Carlo Emilio Gadda, Janus Secundus

 

De Franse schrijver en journalist Lucien Rebatet werd geboren op 15 november 1903 in Moras -en- Valloire, Drôme. Zie ook alle tags voor Lucien Rebatet op dit blog.

Uit: Les décombres

« Nous roulions en direction de Montlhéry. Quelques kilomètres après Versailles, un embouteillage inouï nous arrêta tout à coup. Nous n’étions plus en retraite, mais au milieu d’une débâcle sans précédent. Le flux des fuyards vomi de Paris par cinq ou six portes était venu se confondre inextricablement à ce carrefour. Tous les aspects de la plus infâme panique se révélaient dans ces voitures, remplies jusqu’à rompre les essieux des chargements les plus hétéroclites, femelles hurlantes aux tignasses jaunes échevelées se collant dans les trainées de fard fondu et de poussière, males en bras de chemises, en nage, exorbités, les nuques violettes, retombé en une heure à l’état de la brute néolithique, pucelles dépoitraillées à plein seins, belles-mères à demi-mortes d’épouvante et de fatigue, répandues parmi les chienchiens, les empilements de fourrures, d’édredons, de coffrets à bijoux, de cages à oiseaux, de boites de camemberts, de poupées-fétiches, exhibant comme des bêtes devant la foule leurs jambons écartés et le fond de leurs culottes. Des bicyclettes étaient fichées entre les garde-boues. Des enfants de douze ans étaient partis agrippés aux portières de petites neuf chevaux au fond desquelles s’emmêlaient dix paires de jambes et de bras. Certains avaient arrimé des lits-cages à leur malle-arrière. Des voitures de deux cent mille francs portaient sur leurs toits, enveloppés dans des draps sales, deux ou trois célèbres matelas de juin Quarante, disparaissaient sous des paquets d’on ne savait quoi ficelés dans des journaux et de vieilles serviettes éponges, pendant le long des garde-boues. Des ouvrières s’étaient mises en route à pied, nu-tête, en chaussons ou en talons Louis XV, poussant deux marmots devant elles dans une voiture de nourrice, un troisième pendu à leur jupes. Des cyclistes étaient parvenus jusque là on ne savait comment, traînant sur leurs vélos leurs échines la charge d’un chameau de caravane. Des gens avaient emportés un peignoir de bain, un aspirateur, un pot de géranium, des pincettes, un baromètre, un porte-parapluie, dans l’affolement d’un réveil de cauchemar, une empilade éperdue, le pillage forcené d’un logis par ses propres habitants. »

 

 
Lucien Rebatet (15 november 1903 - 24 augustus 1972)
In 1931

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15-11-14

Antoni Słonimski, Elizabeth Arthur, Carlo Emilio Gadda, Lucien Rebatet, Janus Secundus

 

De Poolse dichter en schrijver Antoni Słonimski werd geboren op 15 november 1895 in Warschau. Zie ook alle tags voor Antoni Sionimski op dit blog en ook mijn blog van 15 november 2009 en ook mijn blog van 15 november 2010.

 

ELÉGIE POUR LES VILLAGES JUIFS

Ils n’existent plus, en Pologne, les villages juifs, non
A Hrubieszów, Karczew, Brody ou Falenica,
En vain tu cherches la lueur des bougies allumées
Et tends l’oreille vers le chant de la synagogue de bois.

Disparus les derniers vestiges, le saint-frusquin des juifs,
Recouvert de sable le sang, effacées toutes traces,
Les murs blanchis à la chaux, sur toutes leurs faces
Comme pour un grand jour ou après une épidémie.

Ici brille une lune pâle, étrangère et froide,
Dès la sortie de la ville, sur la chaussée,
quand la nuit déploie sa lumière,
Mes parents juifs, gens à l’âme poétique,
Ne retrouvent plus les deux lunes d’or de Chagall.

Les lunes voyagent déjà au-dessus d’une autre planète
Chassées par le sombre silence, d’elles plus une trace.
Ils ne sont plus les villages, où le cordonnier était poète,
L’horloger, philosophe, le barbier, troubadour.

Ils ne sont plus ces villages où les chants bibliques,
Poussés par le vent,
s’alliaient au chant polonais et à la tristesse slave,
Où les vieux juifs s’asseyaient à l’ombre du cerisier
Et pleuraient les saintes murailles de Jérusalem.

Ils ne sont plus ces villages, disparus comme des ombres
Et cette ombre s’étendra entre nos paroles
Jusqu’à ce qu’ils s’unissent fraternellement
et recommencent au début,
Deux peuples nourris de la même souffrance.

 

Vertaald door Catherine Fourcassié

 

 

 
Antoni Słonimski (15 november 1895 – 4 juli 1976)

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